La guerre d’Afrique du Sud de 1899 à 1902 représente un chapitre important et complexe de l’histoire canadienne. Il s’agissait du premier conflit au cours duquel le Canada a officiellement envoyé des troupes outre-mer. C’était également l’une des premières fois où des membres de la Police à cheval du Nord-Ouest servaient en grand nombre à l’extérieur du Canada.
Au Cimetière commémoratif national de la GRC, situé à Beechwood, une plaque commémorative permet maintenant de préserver le souvenir de ce chapitre de l’histoire de la Gendarmerie et des personnes qui y ont pris part.
Le premier conflit outre-mer du Canada
La guerre d’Afrique du Sud est le résultat de plusieurs décennies de tensions entre l’Empire britannique et les républiques boers du Transvaal et de l’État libre d’Orange.
La participation canadienne a suscité un important débat au pays. Certains Canadiens estimaient que le Canada devait appuyer la Grande-Bretagne, tandis que d’autres s’opposaient à la participation du pays à ce qu’ils considéraient comme une guerre impériale.
Malgré ces divisions, plus de 7 000 Canadiens se sont portés volontaires. Environ 280 ont perdu la vie, dont plusieurs en raison de maladies, de blessures et des conditions difficiles dans lesquelles ils ont servi.
Ce conflit est devenu la première grande expédition militaire canadienne outre-mer. Il a également établi des précédents qui allaient influencer le développement militaire du Canada au cours du 20e siècle.
Une expertise équestre adaptée à une guerre mobile
Les conditions en Afrique du Sud accordaient une grande importance à la mobilité, à l’équitation, à la reconnaissance et à la capacité de mener des opérations sur de vastes territoires difficiles.
Les membres de la Police à cheval du Nord-Ouest avaient développé ces compétences dans le cadre de leurs fonctions dans les Prairies canadiennes et le Nord. À cette époque, la Police pouvait fournir un plus grand nombre de cavaliers entraînés que la petite armée régulière du Canada.
La plaque du Cimetière commémoratif national de la GRC indique que, sur un effectif total d’environ 900 personnes, la Police à cheval du Nord-Ouest a accordé un congé à 290 officiers et membres afin qu’ils puissent servir en Afrique du Sud. Ils étaient accompagnés de 155 chevaux.
Les membres ont servi au sein de plusieurs formations canadiennes et impériales, notamment :
- le 1er Bataillon des Canadian Mounted Rifles, initialement commandé par le commissaire de la Police à cheval du Nord-Ouest Lawrence W. Herchmer;
- les 2e et 5e Bataillons des Canadian Mounted Rifles;
- le Strathcona’s Horse, commandé par le surintendant Samuel Benfield Steele;
- le South African Constabulary.
La Police à cheval du Nord-Ouest a exercé une influence particulièrement importante au sein du 1er Bataillon des Canadian Mounted Rifles. Des membres de la Police occupaient 13 des 20 postes d’officier et représentaient environ 40 % des autres grades.
Recruté en grande partie dans les postes de la Police à cheval de l’Ouest canadien, le bataillon s’est forgé une réputation pour l’efficacité et l’audace de ses missions de reconnaissance.
Le commissaire Herchmer et les Canadian Mounted Rifles
Le commissaire Lawrence Herchmer a proposé de former une unité composée de membres actifs et d’anciens membres de la Police, ainsi que de cavaliers expérimentés de l’Ouest canadien.
Le bataillon de fusiliers à cheval qui en a résulté est arrivé au Cap en février 1900. Il a participé à des opérations dans l’ouest de la colonie du Cap avant de prendre part à l’avancée vers Pretoria et au-delà.
L’expérience de cette unité a démontré que les compétences développées par la Police à cheval du Nord-Ouest pouvaient être adaptées efficacement au service militaire. Ses membres connaissaient les chevaux, les déplacements sur de longues distances, les opérations indépendantes et les missions de reconnaissance.
Ces compétences leur ont été particulièrement utiles dans un conflit mené sur les vastes étendues du veld sud-africain.
Sam Steele et le Strathcona’s Horse
Le surintendant Sam Steele est l’une des figures les plus connues reliant la Police à cheval du Nord-Ouest à la guerre d’Afrique du Sud.
Steele s’était joint à la Police en 1873. Il avait déjà servi pendant la Résistance du Nord-Ouest de 1885 et la ruée vers l’or du Klondike. Lorsque lord Strathcona a offert de former et de financer un régiment monté pour servir en Afrique du Sud, Steele a été choisi pour le commander.
Bien qu’il ait officiellement fait partie de l’Armée britannique, le Strathcona’s Horse a été recruté entièrement dans l’Ouest canadien. Ses rangs comprenaient des membres actifs et d’anciens membres de la Police à cheval du Nord-Ouest.
Le régiment est arrivé au Cap en avril 1900. Il s’est ensuite joint à la Natal Field Force du général Redvers Buller. Il a participé à des opérations difficiles contre les forces boers au Natal et au Transvaal, où il s’est distingué par sa mobilité, son endurance et son efficacité.
Après avoir ramené le régiment au Canada, Steele est retourné en Afrique du Sud pour servir au sein du South African Constabulary, une organisation paramilitaire créée pour assurer le maintien de l’ordre dans les républiques boers conquises.
Le sergent Arthur Richardson, Croix de Victoria
Le sergent Arthur Herbert Lindsay Richardson, membre de la Police à cheval du Nord-Ouest, comptait parmi les membres du Strathcona’s Horse.
Le 5 juillet 1900, à Wolve Spruit, son petit détachement a essuyé d’intenses tirs ennemis. Pendant le repli, Richardson a aperçu un soldat canadien blessé dont le cheval avait été abattu.
Richardson a rebroussé chemin. Monté sur un cheval lui-même blessé et exposé à des tirs croisés, il a rejoint le soldat, l’a hissé sur sa monture et l’a ramené en sécurité.
Pour cet acte de bravoure remarquable, Richardson a reçu la Croix de Victoria, la plus haute distinction militaire pour la bravoure. Il demeure le seul membre actif de la Gendarmerie à avoir reçu la Croix de Victoria.
Richardson est retourné au sein de la Police à cheval du Nord-Ouest après la guerre. Il a par la suite atteint le grade de sergent-major. Découvrez son histoire complète auprès d’Anciens Combattants Canada.
Une Police prête à servir
La volonté des membres de la Police à cheval de se porter volontaires a été décrite par le commissaire A. Bowen Perry dans le rapport annuel de la Police du 20 décembre 1900 :
« La Police à cheval du Nord-Ouest est bien et favorablement connue au-delà des frontières du Canada, et j’aimerais qu’elle soit connue du monde entier comme l’un des corps qui ont pris part à la grande guerre en Afrique du Sud. À quelques exceptions près, tous les grades étaient prêts à y aller et la question n’était pas de savoir qui irait, mais qui resterait à la maison. »
Ses paroles illustrent l’ampleur de la mobilisation au sein d’une organisation qui devait continuer d’assumer d’importantes responsabilités policières sur un immense territoire canadien.
Les membres demeurés au Canada ont également assuré un service essentiel. Le départ de centaines de personnes qualifiées a exercé une pression considérable sur la Police, qui devait continuer d’assurer le maintien de l’ordre dans l’Ouest et le Yukon.
Se souvenir de l’ensemble de l’histoire
La reconnaissance du service et du courage des membres ne nécessite pas de simplifier le conflit auquel ils ont participé.
La guerre d’Afrique du Sud était un conflit impérial qui a profondément divisé l’opinion publique canadienne. Elle a également entraîné d’importantes destructions et de grandes souffrances parmi les populations civiles boers et noires de l’Afrique du Sud.
La commémoration nous donne l’occasion d’examiner l’ensemble de cette histoire. Elle permet de reconnaître le courage individuel tout en poursuivant l’étude des décisions politiques, des pratiques militaires et des conséquences humaines du conflit.
Il s’agit de l’une des principales fonctions du Cimetière commémoratif national de la GRC : préserver les récits de service tout en créant un espace propice à la réflexion, à l’éducation et à une compréhension approfondie du passé canadien.
Le dévoilement de la plaque à Beechwood
Le dimanche 5 novembre 2023, la Division d’Ottawa de l’Association des vétérans de la GRC a dévoilé une plaque bilingue en hommage aux membres de la Police à cheval du Nord-Ouest qui ont servi pendant la guerre d’Afrique du Sud.
La plaque a été dévoilée par Marie-France Lalonde, députée d’Orléans et secrétaire parlementaire du ministre de la Défense nationale; le colonel Hanrahan; l’adjudant-chef Dubé; Tanya Mirsky et le sergent-major d’état-major Rozon, de la GRC; ainsi que Wayne Jacquard, président de la Division d’Ottawa de l’Association des vétérans de la GRC.
Visionnez la cérémonie de dévoilement de la plaque.
Un lieu de commémoration durable
La plaque établit un lien entre la GRC d’aujourd’hui et la Police à cheval du Nord-Ouest. Elle rappelle une époque où les traditions équestres, le leadership et l’expérience des régions pionnières de la Police ont été mis à l’épreuve loin du Canada.
Elle offre également aux visiteurs un lieu où découvrir l’histoire du commissaire Herchmer, du surintendant Sam Steele, du sergent Arthur Richardson et des centaines de membres de la Police à cheval qui ont temporairement quitté leurs fonctions habituelles pour servir outre-mer.
Au Cimetière commémoratif national de la GRC, leur histoire est préservée non seulement comme un témoignage de guerre, mais aussi comme une partie intégrante du récit de service, de sacrifice et de devoir qui façonne la Gendarmerie depuis plus de 150 ans.
En racontant ces histoires, Beechwood et l’Association des vétérans de la GRC veillent à ce que le souvenir demeure un engagement actif, fondé sur la reconnaissance, l’éducation et un regard honnête sur le passé.




