Section 41, lot 39 E Ctr (S)
Bien avant l’avènement du hockey professionnel féminin, des tournois olympiques ou des diffusions nationales qui ont fait connaître les athlètes féminines partout au Canada, des femmes participaient déjà à des compétitions et remportaient des victoires, sur les patinoires, les terrains et les courts d’Ottawa.
Parmi les plus remarquables figurait Shirley Moulds.
Née à Ottawa en 1904, Moulds grandit dans le quartier du Glebe et aurait vécu dans la même maison toute sa vie. Le sport occupa une place déterminante dans son parcours. Elle pratiqua le hockey, le basketball, la balle molle et le tennis et, plus tard, devint également une joueuse de quilles de compétition.
Ce qui distinguait Moulds n’était pas seulement le nombre de sports qu’elle pratiquait, mais bien le niveau d’excellence qu’elle atteignit dans presque chacun d’entre eux.
Sa carrière sportive se déroula à une période importante pour le sport féminin au Canada. Les possibilités offertes aux femmes demeuraient limitées comparativement à celles offertes aux hommes, mais des femmes formaient leurs propres équipes, organisaient des compétitions et créaient leurs propres ligues. Ottawa devint un centre important du hockey féminin, et Moulds s’imposa comme l’une de ses meilleures joueuses.
Moulds joua avec les Ottawa Alerts, l’une des équipes féminines de hockey les plus performantes des débuts de ce sport dans la capitale. Les Alerts affrontaient des équipes d’Ottawa ainsi que de diverses collectivités de l’Ontario et du Québec et participèrent au mouvement grandissant visant à structurer officiellement le hockey féminin.
En décembre 1922, ce mouvement mena à la création de la Ladies Ontario Hockey Association. Les Alerts se joignirent à la nouvelle organisation, et Moulds allait bientôt jouer un rôle déterminant dans la conquête de son premier championnat.
En mars 1923, Ottawa affronta North Toronto dans une série de deux matchs dont l’issue était déterminée par le total des buts. Le premier match fut disputé à Ottawa. La rencontre demeura serrée, aucune des deux équipes ne parvenant à générer beaucoup d’offensive. Au coup de sifflet final, Ottawa l’avait emporté 1 à 0. L’unique but avait été marqué par Shirley Moulds. Ce but donnait à Ottawa une mince avance avant le match décisif à Toronto, le 20 mars. Moulds réalisa alors l’une des performances les plus remarquables de sa carrière. Les Alerts marquèrent cinq buts. Shirley Moulds en marqua quatre.
Ottawa remporta le match 5 à 2 et la série par un pointage cumulatif de 6 à 2, mettant ainsi la main sur le trophée Dr. Lorne Robertson à titre de championnes de l’Ontario. Au cours de l’ensemble de la série de championnat, les Alerts marquèrent six buts. Moulds en marqua cinq. Une telle performance attirerait aujourd’hui une attention considérable. Il y a plus d’un siècle, elle contribua à établir Moulds comme l’une des joueuses les plus remarquables du hockey féminin en Ontario.
Les Alerts défendirent avec succès leur titre de championnes de l’Ontario en 1924, et Moulds continua de démontrer ses talents de marqueuse. Le 5 février 1925, les Alerts affrontèrent Renfrew. Ottawa remporta le match 4 à 0, et Moulds marqua les quatre buts. Lors d’une autre série de championnat, cette fois contre l’équipe Varsity de l’Université de Toronto, Moulds marqua le seul but d’Ottawa dans une défaite de 4 à 1 lors du premier match.
Sa capacité à trouver régulièrement le fond du filet la distinguait, mais sa carrière au hockey allait bientôt prendre une nouvelle direction. Moulds quitta les Alerts pour se joindre à l’équipe féminine de hockey associée à l’Ottawa Rowing Club. Les récits historiques décrivent son départ comme une perte importante pour les Alerts. Le Rowing Club les battit pour remporter le championnat d’Ottawa et du district en 1926 et devint à son tour une force du hockey féminin.
Moulds devint capitaine de l’équipe. En 1927, l’équipe féminine de l’Ottawa Rowing Club remporta le championnat de l’Ontario. Moulds et cette équipe allaient éventuellement faire partie du patrimoine historique du hockey féminin présenté au Temple de la renommée du hockey. À eux seuls, ses exploits sur la glace auraient suffi à faire de Moulds une figure importante de l’histoire sportive d’Ottawa. Mais le hockey ne représentait qu’une partie de son histoire.
Moulds était également une excellente joueuse de basketball. Elle fut l’une des principales marqueuses de l’équipe de basketball des Alerts, qui remporta le championnat d’Ottawa et du district. Elle devint par la suite l’une des meilleures marqueuses de l’équipe championne de basketball de l’Ottawa Rowing Club. Elle excellait également à la balle molle, où elle occupait la position d’arrêt-court au sein de l’équipe du Rowing Club qui remporta les championnats de la ville et du district. Puis, il y avait le tennis. Au cours d’une remarquable séquence de trois années, Moulds devint championne de tennis de la ville d’Ottawa en 1923, 1924 et 1925.
Ces dates sont particulièrement révélatrices. Au moment même où Moulds aidait les Alerts à remporter des championnats de hockey, elle s’imposait également comme l’une des meilleures joueuses de tennis d’Ottawa. Ses capacités athlétiques ne se limitaient pas à un seul sport, à une seule saison ou à une seule surface de jeu. Elle était tout simplement une athlète polyvalente exceptionnelle.
Même après la fin de ses années de hockey de compétition, le sport continua d’occuper une place importante dans sa vie. Dans la cinquantaine, Moulds devint championne de quilles. Ce détail peut sembler modeste comparativement à ses exploits au hockey, mais il révèle quelque chose d’important à son sujet. La compétition n’était pas simplement un chapitre de la jeunesse de Shirley Moulds. L’activité sportive demeura une partie intégrante de sa vie des décennies après ses années de championnat au hockey.
L’un des aspects les plus étonnants de son histoire est peut-être la discrétion avec laquelle elle considérait ses propres réalisations. Selon un récit publié par la Société historique d’Ottawa, Moulds était une personne très réservée qui parlait rarement de sa carrière au hockey. Sa nièce raconta plus tard qu’elle n’avait véritablement pris conscience de l’ampleur des réalisations de sa tante dans ce sport qu’après le décès de Moulds. Le contraste est remarquable.
Voici une femme qui avait marqué cinq des six buts de son équipe lors d’une série de championnat provincial. Elle avait joué pour l’une des meilleures équipes féminines de hockey d’Ottawa et avait été capitaine d’une autre équipe championne. Elle avait remporté trois titres consécutifs de championne de tennis de la ville et avait connu du succès au basketball, à la balle molle et aux quilles.
Pourtant, une grande partie de cette histoire disparut progressivement de la mémoire collective. Des décennies plus tard, Ottawa reconnut officiellement sa contribution.
Le 5 mai 2010, Shirley Moulds fut intronisée à titre posthume au Temple de la renommée des sports d’Ottawa dans la catégorie du hockey.
Cette reconnaissance arriva longtemps après les matchs qui avaient fait d’elle l’une des athlètes les plus remarquables de la ville, mais elle contribua à redonner à Moulds la place qui lui revient dans l’histoire sportive d’Ottawa.
Aujourd’hui, Shirley Moulds repose au cimetière Beechwood, dans la section 41, lot 39 E Ctr.




