James Dyson Slater : relier le Canada par ses canaux
Section 48, lot 1 (E)
James Dyson Slater est né à Manchester, en Angleterre, le 10 septembre 1813. Il immigre dans le Haut-Canada avec ses parents en 1830 ou en 1831, et la famille s’établit près des chutes Niagara. En grandissant dans la région du Niagara, Slater se retrouve à proximité de l’un des projets d’ingénierie les plus ambitieux de l’Amérique du Nord britannique : le canal Welland.
Le canal avait été construit afin de relier le lac Ontario au lac Érié tout en contournant les chutes Niagara et les dangereux rapides de la rivière Niagara. Au début des années 1840, toutefois, ses écluses en bois d’origine se détérioraient et ne répondaient plus aux besoins d’un trafic commercial croissant ni aux dimensions des navires de plus en plus imposants. La Province du Canada fait alors l’acquisition du canal et entreprend un important programme de reconstruction qui donnera naissance au deuxième canal Welland.
De 1841 à 1845, Slater occupe le poste d’ingénieur adjoint chargé du tracé et de la construction du canal entre Port Dalhousie et Thorold. Cette section nord suivait le ruisseau Twelve Mile depuis le lac Ontario, traversait St. Catharines et gravissait l’escarpement du Niagara en direction de Thorold. Il s’agissait de l’un des tronçons les plus exigeants sur le plan technique.
Les responsabilités de Slater auraient notamment consisté à effectuer les relevés du tracé, à établir les élévations et les pentes, à participer au choix de l’emplacement des écluses et des chenaux ainsi qu’à superviser les travaux. Les ingénieurs devaient également gérer le débit et l’approvisionnement en eau, tout en veillant à ce que les nouvelles installations puissent fonctionner parallèlement à certaines parties du canal existant.
La reconstruction transforme le canal Welland. Les 40 écluses en bois sont remplacées par 27 écluses plus grandes, construites principalement en blocs de calcaire de Queenston. Le canal est approfondi, tandis que les écluses sont allongées et élargies. La capacité globale de la voie navigable est ainsi presque doublée. Achevé en 1845, bien que certains travaux se soient poursuivis au cours des années suivantes, le deuxième canal Welland devient un élément essentiel du réseau de transport en plein développement reliant les Grands Lacs au fleuve Saint-Laurent.
Le projet est réalisé dans des conditions difficiles. Des milliers d’ouvriers, dont un grand nombre d’immigrants irlandais, travaillent le long du canal avec de l’équipement limité et dans des milieux dangereux. La construction exige d’immenses travaux d’excavation et de maçonnerie, ainsi qu’une main-d’œuvre considérable. Des troubles sociaux et des conflits de travail perturbent également le chantier entre 1842 et 1844. Le travail de Slater exige donc non seulement des compétences techniques, mais aussi un grand sens de l’organisation, du jugement et un leadership concret.
Le deuxième canal Welland représente une étape importante dans le développement du Canada. Il renforce une voie de transport entièrement canadienne, facilite le déplacement des produits agricoles, du bois et des biens manufacturés, et favorise la croissance des collectivités et des industries de la péninsule du Niagara. Grâce à sa contribution, Slater compte parmi les ingénieurs qui ont bâti les infrastructures sur lesquelles allait reposer l’expansion de l’économie canadienne.
En 1845, après avoir terminé son travail sur le canal Welland, Slater s’installe à Bytown à la suite de sa nomination comme ingénieur adjoint chargé des travaux d’amélioration de la rivière des Outaouais. Ces projets comprennent la construction de barrages, de glissoires à bois, de ponts et de routes. Son expérience acquise sur le canal Welland l’avait bien préparé à relever les défis liés à la maîtrise des cours d’eau, aux variations d’élévation ainsi qu’au soutien de la navigation et du commerce.
Au printemps de 1849, Slater est nommé arpenteur-géomètre provincial. Il exerce cette profession jusqu’en 1858, année où il devient surintendant du canal Rideau. Il occupe ce poste jusqu’en 1872 et supervise l’une des voies navigables militaires et commerciales les plus importantes du pays pendant une période de changements considérables.
En 1847, Slater épouse Esther Sparks, la fille cadette de Nicholas et Sarah Sparks. Son lien avec l’une des familles les plus influentes de Bytown pourrait avoir contribué à ce que la rue Slater soit nommée en son honneur. Ses propres réalisations professionnelles et son engagement civique justifiaient toutefois tout autant cette reconnaissance. De 1863 à 1870, il préside le conseil des écoles publiques et contribue ainsi au développement de l’éducation dans la capitale en pleine croissance.
James Dyson Slater meurt le 24 octobre 1876. Sa carrière a créé un lien entre deux des voies navigables les plus importantes du Canada. De la reconstruction du canal Welland à la supervision du canal Rideau, Slater a consacré une grande partie de sa vie aux ouvrages d’ingénierie qui ont permis de transporter des personnes, des marchandises et des idées à travers un pays en plein essor. Son parcours témoigne du rôle durable joué par les ingénieurs des canaux dans l’édification du Canada.






