Parmi les nombreux symboles associés à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), peu sont aussi remarquables que les lances ornées de flammes rouges et blanches portées par les cavaliers du Carrousel. Bien qu’elles soient aujourd’hui considérées comme des objets cérémoniels, ces lances possèdent une histoire riche qui remonte à plusieurs siècles et qui relie la GRC aux traditions militaires européennes, à l’armée britannique et aux premiers jours de la Police à cheval du Nord-Ouest.
Le 23 mai 2026, le Cimetière commémoratif national de la GRC à Beechwood a dévoilé une nouvelle plaque commémorative consacrée aux lances des cavaliers dans le cadre du programme des plaques commémoratives du Sentier du patrimoine de la GRC. Cette plaque faisait partie d’une série de six nouvelles installations patrimoniales dévoilées lors d’une cérémonie spéciale soulignant le 20e anniversaire du partenariat entre la Gendarmerie royale du Canada, la Fondation du cimetière Beechwood et l’Association des anciens de la GRC (Division d’Ottawa).
Une tradition née en Europe
L’histoire de la lance débute bien avant la création de la Police à cheval du Nord-Ouest.
En 1816, à la suite des guerres napoléoniennes, l’armée britannique entreprit de moderniser certains éléments de sa cavalerie. Inspirée par les célèbres lanciers polonais de la Garde impériale de Napoléon, elle transforma quatre régiments de dragons légers en régiments de lanciers.
Ces unités reçurent des lances munies de flammes rouges sur blanches, reprenant les couleurs nationales de la Pologne. Ces flammes colorées servaient à la fois à des fins pratiques et cérémonielles, augmentant la visibilité des formations de cavalerie tout en créant un effet visuel impressionnant lors des manœuvres et des défilés militaires.
L’image du lancier devint rapidement l’un des symboles les plus reconnaissables du service monté à travers l’Empire britannique.
La Marche vers l’Ouest
Lorsque la Police à cheval du Nord-Ouest entreprit la célèbre Marche vers l’Ouest durant l’été 1874, des lances faisaient partie de son équipement.
Une troupe fut spécialement dotée de lances et les porta tout au long du voyage. Cette troupe était dirigée par le sergent Robert Belcher, ancien membre d’un régiment de lanciers britannique et premier maître d’équitation de la Force.
La troupe de Belcher avait pour mission d’incarner l’image d’une force de cavalerie disciplinée alors que la nouvelle organisation policière progressait vers l’Ouest. En plus de leur rôle symbolique, les cavaliers accomplissaient des tâches pratiques, agissant comme flanqueurs et assurant l’escorte de l’avant-garde de la colonne.
Pour un jeune pays cherchant à établir l’ordre et l’autorité sur un immense territoire, la vue de policiers montés portant des lances projetait une image de professionnalisme, de discipline et de confiance.
D’un outil de cavalerie à un symbole cérémoniel
Malgré leur importance lors de la Marche vers l’Ouest, les lances cessèrent d’être utilisées comme équipement régulier à la fin de l’expédition.
Leur histoire au sein de la Police montée aurait pu s’arrêter là si ce n’avait été de l’influence continue du sergent Belcher. En 1876, celui-ci les réintroduisit lors de démonstrations de voltige et d’une représentation du Carrousel à Fort Macleod.
Ces spectacles combinaient l’art équestre, la discipline et la mise en scène, donnant naissance à une tradition unique qui captiva rapidement le public.
Au fil du temps, la lance passa du statut d’outil militaire à celui de symbole cérémoniel représentant l’héritage monté de la Police montée.
La naissance du Carrousel moderne
Le début du XXe siècle marqua une autre étape importante dans l’histoire de la lance.
À la suite de la guerre d’Afrique du Sud, les doctrines militaires britanniques évoluèrent considérablement. Les progrès technologiques et les changements dans les méthodes de combat rendaient les armes traditionnelles de cavalerie de moins en moins pertinentes.
En 1903, le War Office britannique mit officiellement fin à l’utilisation opérationnelle de la lance. Les régiments de lanciers furent autorisés à conserver leurs lances uniquement pour les escortes, les revues militaires et les défilés cérémoniels.
C’est durant cette même période que le Carrousel commença à prendre la forme que les Canadiens connaissent aujourd’hui.
À mesure que cette tradition évoluait, les cavaliers furent de nouveau équipés de lances portant les flammes rouges sur blanches traditionnelles. Désormais, elles n’étaient plus des armes de guerre, mais des symboles de patrimoine, de précision et d’excellence équestre.
Un symbole de tradition et d’excellence
Aujourd’hui, la lance à flamme rouge et blanche demeure l’un des éléments les plus distinctifs du Carrousel de la GRC.
Que ce soit lors de représentations dans les collectivités canadiennes ou lors d’événements internationaux, les cavaliers du Carrousel continuent de porter des lances qui les relient à plus de deux siècles de traditions montées.
Le spectacle des cavaliers exécutant des manœuvres complexes tout en portant ces symboles historiques continue d’inspirer les spectateurs et de mettre en valeur l’héritage durable de la GRC.
Préserver l’histoire
La plaque commémorative consacrée aux lances des cavaliers au Cimetière commémoratif national de la GRC à Beechwood contribue à préserver un chapitre important de l’histoire de la Police montée.
Elle rejoint les plaques consacrées au Stetson, à la tunique rouge, aux bottes brunes à tige haute et aux éperons, aux grades de la GRC ainsi qu’au bison, à l’insigne et à la devise. Ensemble, ces installations racontent l’histoire des traditions, des symboles et du patrimoine qui façonnent la GRC depuis plus de 150 ans.
Lors de la cérémonie du 23 mai 2026, le responsable du Carrousel de la GRC a participé au dévoilement de la plaque, soulignant ainsi le lien durable entre les cavaliers d’aujourd’hui et les traditions équestres établies dès les premières années de la Force.
Pour les visiteurs du Cimetière commémoratif national de la GRC à Beechwood, la plaque des lances des cavaliers rappelle que les symboles les plus durables sont souvent porteurs d’histoires qui traversent les générations.
Ce qui a commencé comme une arme de cavalerie sur les champs de bataille européens est devenu un symbole de service dans l’Ouest canadien et, finalement, un emblème durable de l’une des traditions les plus appréciées du Canada.
Les lances des cavaliers sont bien plus que des accessoires cérémoniels. Elles représentent le patrimoine, l’excellence équestre et un héritage dont la tradition continue de se transmettre de génération en génération au sein de la Gendarmerie royale du Canada.
*La plaque commémorative des lances des cavaliers a été officiellement dévoilée le 23 mai 2026 dans le cadre de la cérémonie des plaques commémoratives « Uniformes et traditions de la GRC » tenue au Cimetière commémoratif national de la GRC à Beechwood.





