Plus jamais oubliés : l’histoire des lots protestants de Beechwood

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À proximité de l’entrée du boulevard Saint-Laurent de Beechwood, trois monuments se dressent côte à côte dans la section 17. Ils marquent les lots d’inhumation du Protestant Orphans’ Home, du Protestant Home for the Aged et du Home for Friendless Women.

Ces monuments témoignent d’un chapitre important de l’histoire sociale d’Ottawa. Ils rendent également hommage à plus de 80 hommes, femmes et enfants décédés alors qu’ils étaient pris en charge par ces organismes de bienfaisance.

Répondre aux besoins d’une ville en pleine croissance

Au cours de la deuxième moitié du 19e siècle, Ottawa a connu une croissance rapide. Comme les programmes d’aide gouvernementale étaient limités, les églises, les organismes de bienfaisance et les groupes communautaires devaient soutenir les personnes touchées par la pauvreté, l’itinérance, la maladie ou la perte de leur famille.

Les trois établissements représentés dans la section 17 ont été fondés par des citoyens influents d’Ottawa qui souhaitaient améliorer ces conditions difficiles. Le Protestant Orphans’ Home a ouvert ses portes en 1865, le Home for Friendless Women en 1887 et le Protestant Home for the Aged en 1889.

Bien que le vocabulaire employé par ces organismes reflète les attitudes sociales de l’époque, leur travail a contribué à jeter les bases du système moderne de services sociaux d’Ottawa.

Le Protestant Orphans’ Home

Le Protestant Orphans’ Home a été créé par la Ladies’ Protestant Benevolent Association of Ottawa. Son mandat consistait à prendre soin des orphelins et d’autres enfants dans le besoin, à soutenir les veuves et à offrir un refuge temporaire aux femmes sans emploi.

L’établissement a accueilli son premier enfant en 1865 dans une maison de briques louée sur la rue Bank. Quelques années plus tard, il prenait soin d’environ 25 enfants.

À mesure que les besoins augmentaient, l’organisme a emménagé dans des installations plus vastes. En 1874, il a acheté un pâté de maisons complet sur la rue Elgin, entre les rues Lisgar et Cooper. L’architecte James Mather a conçu un nouveau bâtiment pour le site, qui a ouvert ses portes après une décennie de collecte de fonds.

En 1900, le Protestant Orphans’ Home accueillait 53 enfants et 19 femmes âgées. La réglementation provinciale a éventuellement exigé que les enfants et les personnes âgées soient hébergés séparément. Un nouvel établissement pour enfants a ouvert ses portes sur l’avenue Carling en 1931 sous le nom de Protestant Children’s Village. Il a également collaboré avec la Société d’aide à l’enfance afin d’offrir des services d’accueil temporaire.

Le Home for Friendless Women

Le Home for Friendless Women a ouvert ses portes en 1887 afin d’offrir un refuge temporaire et du travail aux femmes qui n’avaient nulle part où aller.

Au cours de sa première année, l’établissement a accueilli des femmes sortant de prison, des domestiques sans emploi, des femmes vivant dans la pauvreté ainsi que des mères accompagnées de leurs enfants. L’admission était offerte sans distinction de nationalité, d’âge ou d’appartenance religieuse. Les résidentes devaient toutefois respecter les règles et les normes morales de l’établissement.

Pendant de nombreuses années, l’organisme a occupé un grand immeuble de trois étages situé au 327, rue Cambridge. Le bâtiment existe toujours et a depuis été transformé en appartements.

Une blanchisserie commerciale située à côté du Home for Friendless Women contribuait à financer ses activités. Elle permettait également aux femmes de gagner un salaire et d’acquérir des compétences professionnelles. En 1917, la blanchisserie générait des revenus annuels de plus de 15 500 $, une somme considérable pour l’époque.

Le Home for Friendless Women a cessé de figurer dans l’annuaire municipal d’Ottawa après 1930, mais sa blanchisserie a poursuivi ses activités pendant plusieurs années.

Le Protestant Home for the Aged

Le Protestant Home for the Aged a ouvert ses portes en 1889 afin d’offrir un refuge aux hommes âgés.

Un an plus tard, il a emménagé dans une maison de ferme en pierre de la rue Bank connue sous le nom d’Abbotsford House. Le bâtiment avait auparavant appartenu à Alexander Mutchmor, puis à Charles Mackintosh. Plusieurs agrandissements ont été réalisés à mesure que le nombre de résidents augmentait, dont une annexe conçue par James Mather en 1895.

En 1913, le Protestant Home for the Aged prenait soin de 34 hommes, dont un résident âgé de 104 ans.

Le Bronson Home for Protestant Aged Women offrait des services semblables aux femmes. Il occupait à l’origine l’ancienne résidence de la famille Bronson, sur l’avenue Bronson. Un établissement spécialement conçu à cette fin a ensuite été construit à l’angle des rues Bronson et Albert.

Avec le temps, Abbotsford House a été intégré au Centre Glebe. Cette évolution témoigne d’un changement plus général, alors que les gouvernements et les organismes professionnels de services sociaux ont progressivement assumé une plus grande responsabilité à l’égard des personnes vulnérables.

Se souvenir des personnes décédées

Les trois organismes ont exercé leurs activités pendant plusieurs décennies avant d’acquérir leurs lots d’inhumation à Beechwood. Le Protestant Orphans’ Home a obtenu son lot en 1918, le Protestant Home for the Aged en 1923 et le Home for Friendless Women en 1925.

Avant l’aménagement de ces lots, les registres du cimetière indiquent que les résidents décédés étaient inhumés dans des secteurs autrefois appelés le « terrain gratuit », le « terrain des pauvres » ou le « terrain des indigents ». Bon nombre de ces personnes disposaient de peu de ressources et n’avaient aucune famille en mesure de payer une sépulture privée ou un monument permanent.

En 2013, un donateur anonyme a financé la création et l’installation d’une plaque commémorative à proximité des trois lots. Celle-ci porte les noms de plus de 80 personnes inhumées par ces établissements.

Les monuments ont également été restaurés grâce à un geste de générosité antérieur. En 2010, des membres du groupe d’accueil diplomatique de la Fédération canadienne des femmes diplômées des universités ont financé la restauration de leurs inscriptions.

Préserver chaque histoire

Ces monuments représentent bien plus que trois anciens organismes de bienfaisance. Ils évoquent les enfants qui avaient perdu leur famille, les femmes à la recherche de sécurité et de travail ainsi que les personnes âgées qui avaient besoin de soins et de compagnie.

Ils nous rappellent également que l’histoire d’une ville ne se raconte pas uniquement à travers ses personnalités les plus connues. Elle se trouve aussi dans la vie des personnes qui ont connu des difficultés et dans le travail des organismes qui ont tenté de les soutenir.

Grâce à la préservation de ces lots et aux noms inscrits sur la plaque commémorative, ces personnes ne seront plus oubliées.

Les visiteurs peuvent découvrir les trois monuments et la plaque commémorative le long du chemin qui traverse la section 17 du Cimetière Beechwood.

Cet article est inspiré de la publication historique de Thomas Ritchie, No Longer Forgotten or Friendless. Ami de longue date de Beechwood, M. Ritchie était l’auteur de la chronique « Set in Stone » publiée dans Le Sentier Beechwood. Décédé en 2014, il repose au Cimetière Beechwood.