James Bernard Harkin : bâtisseur du réseau des parcs nationaux du Canada

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1875–1955
Section 41, lots 46 Ctr et 47 

James Bernard Harkin a contribué à transformer un modeste bureau fédéral en l’assise du réseau moderne des parcs nationaux du Canada. Communicateur habile, fonctionnaire et défenseur de la conservation, il est devenu le premier commissaire de la Division des parcs du Dominion, l’organisation qui a précédé Parcs Canada.

Harkin est né à Vankleek Hill, en Ontario, le 30 janvier 1875. Il a commencé sa carrière comme journaliste dans les années 1890, travaillant notamment pour le Montreal Herald et l’Ottawa Journal. Son expérience journalistique lui a permis d’acquérir un style clair et convaincant qui allait jouer un rôle central dans ses efforts visant à promouvoir les parcs du Canada.

En 1901, Harkin est entré au service du ministère fédéral de l’Intérieur. Il a d’abord travaillé comme secrétaire de Clifford Sifton, ministre de l’Intérieur, avant de poursuivre son travail auprès du successeur de ce dernier, Frank Oliver. En 1911, Harkin a été nommé premier commissaire de la nouvelle Division des parcs du Dominion.

Il s’agissait d’un mandat considérable. Le nouveau bureau a ouvert ses portes à Ottawa avec sept employés, un budget d’environ 200 000 $ et peu de directives sur la façon dont les parcs nationaux du Canada devaient être administrés, protégés ou mis en valeur. Au cours des 25 années suivantes, Harkin a contribué à bâtir une organisation nationale dotée d’un mandat public clairement défini.

Harkin estimait que les parcs remplissaient deux fonctions étroitement liées. Ils protégeaient des paysages et des espèces sauvages importants, tout en favorisant la santé physique, mentale et sociale de la population canadienne. Selon lui, le temps passé dans la nature offrait un répit essentiel face aux pressions de la vie urbaine et industrielle. Les parcs appartenaient à la population canadienne et devaient être des lieux accessibles de loisirs, de ressourcement et de fierté nationale.

Harkin faisait également preuve d’un grand pragmatisme. Il comprenait que la conservation nécessitait un soutien politique et des investissements publics soutenus. Il insistait donc sur la valeur économique des parcs, affirmant que les paysages protégés pouvaient stimuler le tourisme, créer des possibilités pour les entreprises locales et attirer davantage de visiteurs au Canada.

Cette approche a orienté l’aménagement de nouvelles routes et installations destinées aux visiteurs, ainsi que la mise en place de programmes promotionnels. Harkin a soutenu l’adoption de règlements permettant aux automobiles d’entrer dans les parcs nationaux et a encouragé l’amélioration des routes dans l’ensemble du réseau. L’un des projets les plus importants réalisés pendant son mandat a été la route Banff–Windermere, inaugurée en 1923. Celle-ci reliait les parcs nationaux Banff et Kootenay et rendait les Rocheuses centrales beaucoup plus accessibles aux automobilistes.

Harkin reconnaissait également le pouvoir des communications publiques. La Division des parcs distribuait partout au Canada des rapports annuels, des brochures, des guides, des photographies et du matériel promotionnel. En collaboration avec des membres talentueux de son personnel, notamment l’autrice Mabel Williams, la Division présentait les parcs nationaux comme des lieux que chaque personne au Canada avait le droit de découvrir.

Cette stratégie a produit des résultats mesurables. Le nombre annuel de visites dans les parcs nationaux du Canada est passé d’environ 100 000 en 1921 à 550 000 en 1928. L’expansion du réseau routier et l’accessibilité croissante de l’automobile ont également permis à une plus grande partie de la population de visiter les parcs, alors que ce type de voyage était auparavant principalement réservé aux visiteurs fortunés qui se déplaçaient en train.

Entre 1914 et 1930, 13 nouveaux parcs nationaux voués à la protection des paysages et de la faune ont été créés. L’administration de Harkin a supervisé la création ou l’aménagement de plusieurs parcs, notamment les parcs nationaux du Mont-Revelstoke, Kootenay, de la Pointe-Pelée, Wood Buffalo, de Prince Albert, du Mont-Riding, des Îles-de-la-Baie-Georgienne et des Hautes-Terres-du-Cap-Breton.

Harkin a également défendu le renforcement des mesures de protection de la faune. Son travail a contribué à l’élaboration de politiques nationales concernant les oiseaux migrateurs, les espèces menacées et les habitats fauniques protégés. Ces initiatives ont permis d’élargir le rôle du gouvernement fédéral en matière de conservation au-delà de la protection des paysages.

Son influence s’est aussi étendue à la préservation de l’histoire canadienne. Suivant les recommandations de Harkin, le gouvernement fédéral a créé la Commission des lieux et monuments historiques du Canada en 1919. Harkin en a été l’un des premiers membres. La Commission continue de conseiller le gouvernement du Canada sur l’importance historique nationale de personnes, de lieux et d’événements.

L’une des réalisations les plus durables de Harkin a été sa contribution à la Loi sur les parcs nationaux de 1930. Cette loi a renforcé le fondement juridique du réseau des parcs et confirmé que les parcs nationaux devaient être maintenus dans l’intérêt du public, à des fins d’éducation et de loisirs. Elle a également accordé à la Division des parcs une plus grande autorité pour administrer les lieux naturels et historiques d’importance nationale.

Le bilan de Harkin doit également être compris dans le contexte plus vaste des débuts du mouvement de conservation au Canada. De nombreux parcs ont été créés sur des territoires autochtones occupés, utilisés et protégés depuis des générations. La création du parc national Wood Buffalo, que Harkin a fortement soutenue, a entraîné le déplacement de membres des communautés dénées locales ainsi que des restrictions à leurs droits issus de traités et à leurs pratiques traditionnelles d’utilisation du territoire.

Cette histoire remet en question l’ancienne représentation des parcs nationaux comme des espaces sauvages vierges et inhabités. Elle démontre également pourquoi les approches contemporaines en matière de conservation reconnaissent de plus en plus les droits, les connaissances et le leadership des peuples autochtones. En 2023, la Société pour la nature et les parcs du Canada a remplacé le nom de l’ancienne Médaille J.-B. Harkin par celui de Prix de conservation de la SNAP afin de refléter une approche plus inclusive de la conservation et de la réconciliation.

Le mandat de Harkin comme commissaire a pris fin en 1936, à la suite d’une restructuration de l’administration fédérale des parcs. Il est décédé à Ottawa le 27 janvier 1955, trois jours avant son 80e anniversaire, et a été inhumé au cimetière Beechwood.

Sa contribution a été reconnue à l’échelle nationale peu après son décès lorsqu’il a été désigné personne d’importance historique nationale. Le mont Harkin, un sommet de 2 979 mètres situé dans le parc national Kootenay, en Colombie-Britannique, porte également son nom.

Souvent considéré comme le « père des parcs nationaux du Canada », James Bernard Harkin a façonné l’administration, la promotion et la protection juridique du patrimoine naturel canadien. Son histoire témoigne à la fois des réalisations durables et des réalités historiques difficiles associées aux débuts du mouvement de conservation au Canada.

Aujourd’hui, sa sépulture à Beechwood relie le Cimetière national du Canada à l’histoire du réseau des parcs nationaux et à la responsabilité continue de protéger le patrimoine naturel et culturel du pays pour les générations futures.

Références : Cimetière Beechwood, L’Encyclopédie canadienne, Parcs Canada et biographie de James Bernard Harkin.