À Beaver Dams : le capitaine William Brown Bradley et la défense du Haut-Canada

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À Beaver Dams : le capitaine William Brown Bradley et la défense du Haut-Canada

William Brown Bradley –  Section 25, lot 52N (mil.)

Le 24 juin 1813, une force américaine quitta le fort George en direction d’un avant-poste britannique situé à Beaver Dams, dans la péninsule du Niagara. Les troupes s’attendaient à lancer une attaque-surprise. Elles tombèrent plutôt dans une embuscade qui mena à l’une des victoires les plus importantes de la guerre de 1812.

Parmi les soldats britanniques associés à la capitulation américaine se trouvait le capitaine William Brown Bradley, du 104e Régiment de fantassins du Nouveau-Brunswick. Sa présence à Beaver Dams ne représente qu’un épisode d’une vie marquée par la révolution, la guerre, la migration et la colonisation,  une vie qui commença dans les colonies américaines et se termina à Bytown.

Aujourd’hui, Bradley repose au Cimetière Beechwood, où sa sépulture constitue un lien direct avec la bataille de Beaver Dams et la défense du Haut-Canada.

Une avancée américaine et un avertissement

La bataille de Beaver Dams eut lieu pendant une période critique de la guerre de 1812. Les forces américaines avaient pris le fort George en mai 1813 et tentaient d’étendre leur contrôle sur la péninsule du Niagara. Après avoir été repoussées lors de la bataille de Stoney Creek, elles envoyèrent un détachement depuis le fort George afin d’attaquer la position britannique à Beaver Dams.

Le plan ne demeura toutefois pas secret.

Après avoir appris qu’une attaque se préparait, Laura Secord entreprit le célèbre périple qui lui permit d’avertir le lieutenant James FitzGibbon. Des éclaireurs autochtones surveillaient également l’avancée américaine. Ainsi prévenus, des guerriers de Kahnawà:ke et de Grand River, sous le commandement des capitaines Dominique Ducharme et William Kerr, se mirent en position pour intercepter les troupes ennemies.

Le 24 juin, la colonne américaine pénétra dans une zone fortement boisée près de Beaver Dams. Les guerriers autochtones lancèrent leur attaque depuis les bois environnants, encerclant et épuisant progressivement la force américaine. Leur leadership, leur connaissance du territoire et la pression constante qu’ils exercèrent déterminèrent l’issue de l’affrontement.

FitzGibbon s’approcha ensuite du commandant américain sous un drapeau blanc et exigea sa reddition. Des renforts britanniques, dont un détachement du 104e Régiment, étaient présents lorsque les forces américaines capitulèrent. Bradley comptait parmi les soldats associés à ce détachement et à la reddition.

La victoire revint avant tout aux guerriers autochtones qui livrèrent la bataille. Leur rôle déterminant fut trop souvent minimisé dans les récits populaires ultérieurs, lesquels se concentraient presque exclusivement sur Secord et FitzGibbon. Pour présenter l’histoire complète de Beaver Dams, il faut reconnaître que les guerriers de Kahnawà:ke et de Grand River affrontèrent et vainquirent les forces américaines qui avançaient.

Cette victoire eut d’importantes conséquences stratégiques. La défaite américaine contribua à maintenir la région du Niagara sous contrôle britannique pendant le reste de l’année 1813 et découragea les forces américaines de poursuivre leurs opérations au-delà du fort George.

Le parcours de Bradley jusqu’à Beaver Dams

Pour Bradley, la lutte contre l’invasion américaine était étroitement liée à l’histoire de sa famille.

Il grandit sur l’île Whitemarsh, près de Savannah, en Géorgie, pendant la Révolution américaine. Ses parents tentèrent d’exploiter leur plantation tout en élevant Bradley, son frère jumeau et leur sœur, malgré les bouleversements qui secouaient les Treize Colonies. Son père, qui travaillait pour le commissariat de l’armée britannique, mourut pendant la guerre.

En 1781, la mère de Bradley épousa le lieutenant John Jenkins, un soldat de carrière des New Jersey Volunteers. À la fin de la Révolution, les Loyalistes furent confrontés au déplacement et à la confiscation de leurs biens. Jenkins emmena la famille vers le nord, au Nouveau-Brunswick, où elle se joignit à des milliers d’autres personnes qui tentaient de refaire leur vie sous la Couronne.

La famille établit une ferme et un vaste domaine près de Fredericton. Quatre autres enfants y naquirent. Les familles Bradley et Jenkins firent ainsi partie de la nouvelle société loyaliste qui prenait forme dans la colonie.

En 1793, Jenkins et Bradley se joignirent à la milice du King’s New Brunswick Regiment. La Grande-Bretagne était alors en guerre contre la France révolutionnaire, et les colons craignaient que la jeune république américaine profite de ce conflit pour envahir les Maritimes.

Bradley servit ensuite dans deux autres régiments. Il passa du grade d’enseigne à celui de capitaine au sein du 104e Régiment de fantassins, dans lequel servait également l’un de ses demi-frères.

La marche hivernale du 104e Régiment

Lorsque les États-Unis déclarèrent la guerre à la Grande-Bretagne en 1812, le capitaine Bradley commandait une compagnie du 104e Régiment au Nouveau-Brunswick.

Au début de 1813, le commandant en chef britannique, sir George Prevost, craignait que le Haut-Canada ne dispose pas de suffisamment de troupes pour résister à de nouvelles attaques américaines. Le 104e Régiment reçut donc l’ordre d’entreprendre une extraordinaire marche hivernale de Fredericton à Québec, puis jusqu’à Kingston, un parcours d’environ 1 125 kilomètres.

La compagnie de Bradley comptait parmi les six compagnies qui effectuèrent ce trajet terrestre en février et en mars. Pendant 52 jours, 554 officiers et soldats avancèrent dans un froid intense et une neige profonde, tout en transportant le matériel nécessaire à la poursuite de leur service.

Cette marche demeure l’un des grands exploits d’endurance de l’histoire militaire canadienne. Elle permit également au 104e Régiment de soutenir les opérations britanniques au Haut-Canada pendant l’année la plus dangereuse de la guerre.

Le service militaire de Bradley ne se limita pas à Beaver Dams. Selon sa notice nécrologique, il participa à l’attaque du 29 mai 1813 contre Sackets Harbor, une importante base navale américaine et un centre de construction navale sur le lac Ontario. Sa compagnie y subit des pertes. En août 1814, il prit également part à l’assaut contre le fort Érié, alors occupé par les Américains. Sa compagnie y subit de nouveau des pertes.

Beaver Dams occupe néanmoins une place particulière dans son parcours. Cette victoire constitua un revers décisif pour les forces d’invasion et demeure un exemple marquant du rôle essentiel joué par les alliés autochtones dans la défense du Haut-Canada.

Du soldat au colon

Après la guerre de 1812 et la défaite de Napoléon en Europe, la Grande-Bretagne réduisit la taille de son armée. Le 104e Régiment fut dissous et Bradley, alors âgé d’environ 46 ans, prit sa retraite avec une demi-solde. Il vécut d’abord près de Montréal avant que certains membres de la famille ne reprennent la route, cette fois vers la région en développement de Bytown.

Bradley reçut des concessions de terres dans les cantons de March et de Huntley ainsi que le long de la rivière Rideau. Son expérience militaire et ses qualités de chef trouvèrent rapidement une nouvelle utilité. Il servit comme lieutenant-colonel du 1er Régiment de milice de Carleton et comme juge de paix dans le nouveau district judiciaire de March et de Huntley.

Ses voisins se souvenaient de lui comme d’un homme « généreux, bienveillant et serviable ». Avec ses fils, Bradley exploita un moulin à carder la laine et un moulin à bardeaux, en plus d’une ferme d’élevage. Comme de nombreux soldats loyalistes, il transforma son service militaire et ses concessions de terres en fondements d’une collectivité en pleine croissance.

Lorsque Bradley mourut à Bytown le 2 octobre 1850, on se souvint de lui comme « non seulement un officier courageux, mais aussi un colon méritant » du comté de Carleton.

Un héritage lié au champ de bataille à Beechwood

Bradley fut d’abord inhumé dans le cimetière de la Côte-de-Sable, où son fils Edward Sands Bradley avait été enterré en 1836. Après la fermeture de ce cimetière, les restes de huit membres de la famille Bradley furent transférés en 1876 au Cimetière Beechwood, qui venait d’ouvrir ses portes.

Le capitaine William Brown Bradley repose maintenant dans la section 25, lot 52N. 

Son histoire relie Beechwood à la bataille de Beaver Dams, mais elle témoigne également des grands mouvements de population qui accompagnèrent la guerre de 1812. Bradley vécut la Révolution américaine comme enfant d’une famille loyaliste, contribua à la défense de l’Amérique du Nord britannique comme officier, puis participa au développement civique et économique de la région de Bytown.

La bataille de Beaver Dams est associée à un avertissement, au renseignement et à une reddition. Elle doit toutefois être reconnue avant tout comme une victoire autochtone. La présence de Bradley à Beaver Dams l’inscrit dans cette histoire plus vaste et nous rappelle que chaque sépulture militaire peut nous permettre de mieux comprendre les personnes, les alliances et les sacrifices qui ont façonné le Canada.