Le 16 juillet 2026, le Cimetière commémoratif national du SCRS à Beechwood a souligné le 42e anniversaire de la création du Service canadien du renseignement de sécurité en dévoilant une plaque commémorative en l’honneur de Sir William Stephenson.
Dans le cadre de la cérémonie, la place centrale du cimetière a officiellement été nommée place Sir-William-Stephenson. Cet espace devient ainsi un hommage permanent à l’un des dirigeants du renseignement les plus influents du Canada.
La plaque constitue le premier marqueur historique installé au Cimetière commémoratif national du SCRS. Elle souligne la vie exceptionnelle de Stephenson, sa contribution à la victoire des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale et son influence durable sur la coopération en matière de renseignement au Canada et ailleurs dans le monde.
De Winnipeg au front occidental
William Samuel Stephenson est né à Winnipeg, au Manitoba, le 11 janvier 1896. Issu d’un milieu modeste, il a quitté l’école après la sixième année et a commencé à travailler dès son jeune âge. Au début de la Première Guerre mondiale, Stephenson s’est enrôlé dans le 101e Bataillon du Winnipeg Light Infantry. Il a servi en France, où il a été blessé, avant de se joindre au Royal Flying Corps britannique et de retourner au combat comme pilote.
Pour son courage en temps de guerre, Stephenson a reçu la Croix militaire, la Croix du service distingué dans l’Aviation et la Croix de guerre.

Pillar Society – William Stephenson Plaque Unveiling
Après la guerre, il s’est établi en Angleterre et s’est intéressé au domaine en plein essor des technologies sans fil. En 1922, il a contribué à la mise au point de la transmission de photographies par télégraphie sans fil, participant ainsi au développement d’une technologie qui mènerait éventuellement au télécopieur moderne. Ses innovations et ses activités commerciales ont fait de lui un entrepreneur international prospère.
Toutefois, ce sont sa capacité à établir des relations, à comprendre les nouvelles menaces et à travailler dans la discrétion qui l’ont mené vers le monde du renseignement.
Un artisan discret de la victoire des Alliés
En 1940, avec l’appui du premier ministre britannique Winston Churchill et de Stewart Menzies, chef du Secret Intelligence Service britannique, Stephenson a été nommé directeur des opérations du renseignement britannique dans l’ensemble de l’hémisphère occidental.
Sous le nom de code « Intrepid », il a établi son quartier général à New York et a pris la direction d’une organisation connue sous le nom de British Security Coordination.
Ce qui avait commencé comme une petite présence du renseignement est devenu un réseau sophistiqué comptant environ 2 000 personnes en 1942. Les Canadiennes et Canadiens ont joué un rôle important dans ses opérations, avec l’appui du gouvernement du Canada, de la GRC, des Forces armées canadiennes et du ministère des Affaires extérieures.
Le réseau de Stephenson comprenait un bureau de recrutement et des opérations à Toronto, l’école de formation du Special Operations Executive connue sous le nom de Camp X à Whitby, ainsi qu’Hydra, un important centre de communications qui transmettait des renseignements classifiés entre New York, Ottawa, Washington et Londres.
Son organisation exploitait également la Station M, une installation secrète de production de documents à Toronto, en plus de soutenir des activités d’interception des communications aux Bermudes.
Par l’entremise du British Security Coordination, Stephenson a contribué à perturber les réseaux ennemis, à renforcer l’échange de renseignements entre les Alliés et à accroître l’appui du public à l’effort de guerre. Il a également joué un rôle important dans la création de l’Office of Strategic Services des États-Unis, le prédécesseur de la Central Intelligence Agency.
Ses efforts ont contribué à instaurer une culture de confiance et d’échange de renseignements entre le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis. Ces relations ont jeté les bases des partenariats qui ont éventuellement mené à la création du Groupe des cinq, aujourd’hui connu sous le nom de « Five Eyes ».
Le capitaine de frégate Ray Snook, de la Marine royale britannique à la retraite et chef d’état-major de l’État-major de liaison de la Défense britannique au Haut-commissariat du Royaume-Uni, a parlé de cet héritage durant la cérémonie.
Il a décrit Stephenson comme un lien essentiel entre les nations alliées, qui a contribué à établir des modèles de coopération, de confiance mutuelle et d’objectifs communs qui demeurent au cœur de la sécurité internationale.
La protection de la famille Gouzenko
Les contributions de Stephenson se sont poursuivies à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
À la suite de la défection d’Igor Gouzenko de l’ambassade soviétique à Ottawa, le 5 septembre 1945, Stephenson a travaillé en coulisse afin de protéger Gouzenko, sa famille et les documents classifiés qu’il avait apportés avec lui.
Les révélations de Gouzenko ont exposé des réseaux d’espionnage soviétiques actifs au Canada et dans d’autres pays occidentaux. Sa défection est largement considérée comme l’un des événements ayant marqué le début de la guerre froide.
Evy Gouzenko, l’une des filles d’Igor et de Svetlana Gouzenko, n’a pas pu assister au dévoilement de la plaque, mais elle a transmis une réflexion écrite pour la cérémonie. Elle y a exprimé la gratitude durable de sa famille envers Stephenson pour son intervention pendant cette période dangereuse et incertaine.
« Le Canada était sauvé. L’Occident était averti », a-t-elle écrit au sujet des répercussions des actions de Stephenson.
Elle a conclu son message par un hommage personnel :
« Je serai éternellement reconnaissante envers notre grand héros canadien, Sir William Stephenson. »
L’homme derrière la légende
La cérémonie comprenait également une réflexion personnelle de Jeff Yaworski, membre du Comité du Cimetière commémoratif national du SCRS et ancien sous-directeur des Opérations du SCRS.
En septembre 1986, peu après avoir obtenu son diplôme de l’Académie Sir William Stephenson à la Base des Forces canadiennes Borden, Jeff Yaworski et son épouse, ont rendu visite à Stephenson à sa résidence aux Bermudes.
Même si Stephenson avait près de 90 ans et que sa santé déclinait, Jeff Yaworski se souvient d’un homme à l’esprit vif, profondément intéressé par les affaires internationales et remarquablement humble.
Lorsqu’on lui a demandé quelle avait été sa plus grande réalisation pendant la Seconde Guerre mondiale, Stephenson a simplement répondu : « Être resté en vie. »
Il ne souhaitait pas s’attarder à ses réalisations en temps de guerre ni à ses relations avec des dirigeants internationaux. Il a également refusé d’être photographié, préférant que les gens se souviennent de lui tel qu’il avait été. Pour Jeff Yaworski, cette rencontre a révélé le caractère de l’homme derrière la réputation du « Canadien discret ».
« Rencontrer Sir William Stephenson a véritablement été une occasion unique dans une vie », a déclaré Jeff Yaworski. « Je suis très fier que notre place porte maintenant son nom. »
Un héritage préservé à Beechwood
Stephenson a été fait chevalier par le roi George VI en 1945. L’année suivante, le président américain Harry Truman lui a décerné la Medal for Merit des États-Unis. Il a été nommé Compagnon de l’Ordre du Canada en 1979 et a reçu le prix William J. Donovan de l’OSS Society en 1983.
Il est décédé aux Bermudes le 31 janvier 1989.
La cérémonie de dévoilement a réuni des représentants du SCRS, de Sécurité publique Canada, du Haut-commissariat du Royaume-Uni, du Groupe des cinq, de l’Association des anciens de la GRC et de la Pillar Society, l’association regroupant d’anciens membres du Service de sécurité de la GRC et du SCRS.
La plaque a été rendue possible grâce à la générosité de trois membres de la Pillar Society : Al Treddenick, Neil Bisson et Phil Gurski. Leur appui a permis d’inscrire de façon permanente les contributions de Stephenson au sein du Cimetière commémoratif national du SCRS.
La désignation de la place Sir-William-Stephenson va au-delà de la reconnaissance d’une seule personne. Elle rend hommage à des générations de professionnelles et professionnels du renseignement dont le travail est souvent accompli dans la discrétion et sans reconnaissance publique.
Sir William Stephenson comprenait que la sécurité repose sur la vigilance, la confiance et la coopération. Son travail a contribué à la victoire des Alliés, à la protection du Canada au début de la guerre froide et à l’établissement de partenariats internationaux qui continuent de protéger les nations démocratiques.
Ses réalisations ont été accomplies en grande partie à l’abri des regards. Leur influence demeure toutefois bien visible aujourd’hui.
À Beechwood, la place Sir-William-Stephenson permettra de transmettre l’histoire de ce Canadien exceptionnel et de préserver les valeurs de service, de collaboration et de dévouement discret qui ont marqué sa vie.
*Crédit photo : Richard Lawrence Photography. 2026

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